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martes, 16 de octubre de 2012

De la grammaire / De la gramática


Alors quand, ce matin, s’ajoutant à la corvée habituelle d’un cours de littérature sans littérature et d’un cours de langue sans intelligence de la langue, j’ai éprouvé un sentiment de n’importe quoi, je n’ai pas pu me contenir. Mme Maigre faisait un point sur l’adjectif qualificatif épithète, au prétexte que nos rédactions en étaient totalement dépourvues« alors que vous devriez en être capables depuis le CE2 ». « C’est pas possible de voir des élèves aussi incompétents en grammaire », a-t-elle ajouté en regardant spécialement Achille Grand-Fernet. Je n’aime pas Achille mais là, j’étais d’accord avec lui quand il a posé sa question. Je trouve que ça s‘imposait. En plus, qu’une prof de lettres oublie la négation, moi, ça me choque. C’est comme un balayeur qui oublierait des moutons. « Mais à quoi ça sert, la grammaire ? » a-t-il demandé. « Vous devriez le savoir », a répondu madame-jesuis-pourtant-payée-pour-vous-l’enseigner. «Ben non, a répondu Achille avec sincérité pour une fois, personne n’a jamais pris la peine de nous l’expliquer. » Mme Maigre a poussé un long soupir, du genre « faut-il que je me coltine encore des questions stupides » et a répondu : « Ça sert à bien parler et à bien écrire. »


Alors là, j’ai cru avoir une crise cardiaque. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi inepte. Et par là, je ne veux pas dire que c’est faux, je veux dire que c’est vraiment inepte. Dire à des adolescents qui savent déjà parler et écrire que la grammaire, ça sert à ça, c’est comme dire à quelqu’un qu’il faut qu’il lise une histoire des W.-C. à travers les siècles pour bien savoir faire pipi et caca. C’est dénué de sens ! Si encore elle nous avait montré, sur des exemples, qu’on a besoin de connaître un certain nombre de choses sur la langue pour bien l’utiliser, bon, pourquoi pas, c’est un préalable. Par exemple, que savoir conjuguer un verbe à tous les temps évite de faire des grosses fautes qui fichent la honte devant tout le monde à un dîner mondain (« J’aurais bien venu chez vous plus tôt mais j’ai prenu la mauvaise route »). Ou que pour écrire une invitation dans les règles à se joindre à une petite sauterie au château de Versailles, connaître la règle d’accord de l’adjectif qualificatif épithète est bien utile : on s’épargne les « Chers ami, voudriez-vous venir à Versailles ce soir ? J’en serais tout ému. La Marquise de Grand-Fernet ».Mais si Mme Maigre croit que c’est seulement à ça que sert la grammaire... On a su dire et conjuguer un verbe avant de savoir que c’en était un. Et si le savoir peut aider, je ne crois quand même pas que ce soit décisif.

 Moi, je crois que la grammaire, c’est une voie d’accès à la beauté. Quand on parle, quand on lit ou quand on écrit, on sent bien si on a fait une belle phrase ou si on est en train d’en lire une. On est capable de reconnaître une belle tournure ou un beau style. Mais quand on fait de la grammaire, on a accès à une autre dimension de la beauté de la langue. Faire de la grammaire, c’est la décortiquer, regarder comment elle est faite, la voir toute nue, en quelque sorte. Et c’est là que c’est merveilleux : parce qu’on se dit : « Comme c’est bien fait, qu’est-ce que c’est bien fichu ! », « Comme c’est solide, ingénieux, riche, subtil ! ». Moi, rien que savoir qu’il y a plusieurs natures de mots et qu’on doit les connaître pour en conclure à leurs usages et à leurs compatibilités possibles, ça me transporte. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau, par exemple, que l’idée de base de la langue, qu’il y a des noms et des verbes. Quand vous avez ça, vous avez déjà le cœur de tout énoncé. C’est magnifique, non ? Des noms, des verbes...

Peut-être, pour accéder à toute cette beauté de la langue que la grammaire dévoile, faut-il aussi se mettre dans un état de conscience spécial ? Moi, j’ai l’impression de le faire sans effort. Je crois que c’est à deux ans, en entendant parler les adultes, que j’ai compris, en une seule fois, comment la langue était faite. Les leçons de grammaire ont toujours été pour moi des synthèses a posteriori et, peut-être, des précisions terminologiques. Est-ce qu’on peut apprendre à bien parler et bien écrire à des enfants en faisant de la grammaire s’ils n’ont pas eu cette illumination que j’ai eue ? Mystère. En attendant, toutes les Mme Maigre de la terre devraient plutôt se demander quel morceau de musique il faut qu’elles passent à leurs élèves pour qu’ils puissent se mettre en transe grammaticale.

J’ai donc dit à Mme Maigre : « Mais pas du tout, c’est totalement réducteur ! » Il y a eu un grand silence dans la classe parce que, d’habitude, je n’ouvre pas la bouche et parce que j’avais contredit la prof. Elle m’a regardée avec surprise puis elle a pris un air mauvais, comme tous les profs quand ils sentent que le vent tourne au nord et que leur petit cours pépère sur l’adjectif qualificatif épithète pourrait bien se transformer en tribunal de leurs méthodes pédagogiques. « Et qu’en savez-vous, mademoiselle Josse ? » a-t-elle demandé d’un ton acerbe. Tout le monde retenait son souffle. Quand la première de la classe n’est pas contente, c’est mauvais pour le corps enseignant, surtout quand il est bien gras et donc ce matin c’était thriller et jeux du cirque pour le même prix : tout le monde attendait de voir l’issue du combat, qu’on espérait bien sanglant.

« Eh bien, ai-je dit, quand on a lu Jakobson, il paraît évident que la grammaire est une fin et pas seulement un but : c’est un accès à la structure et à la beauté de la langue, pas seulement un truc qui sert à se débrouiller en société. » « Un truc ! Un truc ! » a-t-elle répété avec des yeux exorbités. « Pour Mlle Josse, la grammaire c’est un truc ! »

Si elle avait bien écouté ma phrase, elle aurait compris que, justement, pour moi, ce n’est pas un truc. Mais je crois que la référence à Jakobson lui a totalement fait perdre les pédales, sans compter que tout le monde ricanait, y compris Cannelle Martin, sans avoir rien compris à ce que j’avais dit mais en sentant un petit nuage de Sibérie planer sur la grosse prof de français. En fait, je n’ai jamais rien lu de Jakobson, vous pensez bien. J’ai beau être surdouée, je préfère quand même les B.D. ou bien la littérature. Mais une amie de maman (qui est professeur d’Université) parlait de Jakobson hier (pendant qu’elles se tapaient, à cinq heures, du camembert et une bouteille de vin rouge). Du coup, ça m’est revenu ce matin.

À ce moment-là, en sentant la meute retrousser ses babines, j’ai eu pitié. J’ai eu pitié de Mme Maigre. Et puis je n’aime pas les lynchages. Ça n’honore jamais personne. Sans compter que je n’ai aucune envie que quelqu’un aille fouiller du côté de ma connaissance de Jakobson et se mette à avoir des soupçons sur la réalité de mon Q.I.

Alors j’ai fait machine arrière et je n’ai plus rien dit. J’ai écopé de deux heures de colle et Mme Maigre a sauvé sa peau de prof. Mais quand j’ai quitté la classe, j’ai senti ses petits yeux inquiets qui me suivaient jusqu’à la porte.

Et sur le chemin de la maison, je me suis dit : malheureux les pauvres d’esprit qui ne connaissent ni la transe ni la beauté de la langue.

"L'élégance du hérisson", Muriel Barbery.


***

Entonces, cuando esta mañana, añadiéndose al rollazo habitual de una clase de literatura sin literatura y de una clase de lengua sin inteligencia de la lengua, he experimentado un sentimiento extraño, inclasificable, no he podido contenerme. La profesora estaba tratando el epíteto, con el pretexto de que en nuestras redacciones brillaba por su ausencia «cuando deberíais ser capaces de emplearlo desde tercero de primaria». «Alumnos tan incompetentes en gramática como vosotros, desde luego, es como pa' pegarse un tiro», ha añadido luego, mirando especialmente a Achille Grand-Fernet. No me cae bien Achille pero tengo que decir que estaba de acuerdo con la pregunta que le ha hecho a la profesora. Creo que se imponía algo así. Además, que una profesora de letras diga pa' en lugar de «para», a mí me choca, qué queréis que os diga. Es como si un barrendero se dejara sin recoger del suelo las bolas de pelusa de polen. «Pero la gramática, ¿para qué sirve?», le ha preguntado Achille. «Deberías saberlo», le ha contestado doña Me-pagan-para-que-os-lo-enseñe. «Pues no», ha replicado Achille con sinceridad, por una vez, «nadie se ha tomado nunca la molestia de explicárnoslo». La profesora ha dejado escapar un largo suspiro, en plan «encima tengo que tragarme estas preguntas estúpidas», y ha respondido: «Sirve para hablar bien y escribir bien.»

Entonces he creído que me iba a dar un infarto. Nunca había oído tamaña ineptitud. Y con esto no quiero decir que no sea verdad, digo que es una ineptitud como una casa. Decir a unos adolescentes que ya saben leer y escribir que la gramática sirve para eso, es como decirle a alguien que se tiene que leer una historia de los cuartos de baño a través de los siglos para saber hacer bien pis y caca. jNo tiene sentido! Si todavía nos hubiera demostrado, con ejemplos, que hay que saber ciertas cosas sobre la lengua para utilizarla bien, entonces bueno, por qué no, puede ser una base para empezar. Por ejemplo, que saber conjugar un verbo en todos los tiempos te evita cometer errores gordos que te avergüenzan delante de todo el mundo en una cena mundana «Hubiera veído esa película que comentáis, si no me habrían aconsejado antes que no lo haciese ») O que, para escribir como es debido una invitación para unirse a una pequeña orgía en el castillo de Versalles, conocer las reglas de concordancia entre sujeto y verbo puede resultar muy útil. De esta manera uno se ahorra torpezas como ésta: «Querido amigo, si esa gente que usted y yo conocemos quisieran venir a Versalles esta noche, me complacería mucho recibirlas. La Marquesa de Grand-Fernet." Pero si la señora Magra se cree que la gramática sólo sirve para eso... De niños hemos sabido conjugar un verbo antes de saber siquiera que se trataba de un verbo. Y, si bien el saber puede ayudar, no creo sin embargo que sea algo decisivo.

Yo en cambio creo que la gramática es una vía de acceso a la belleza. Cuando hablas, lees o escribes, sabes muy bien si has hecho una frase bonita, o si estás leyendo una. Eres capaz de reconocer una expresión elegante o un buen estilo. Pero cuando se estudia gramática, se accede a otra dimensión de la belleza de la lengua. Hacer gramática es observar las entrañas de la lengua, ver cómo está hecha por dentro, verla desnuda, por así decirlo. Y eso es lo maravilloso, porque te dices: «Pero ¡qué bonita es por dentro, qué bien formada!", «¡Qué sólida, qué ingeniosa, qué rica, qué sutil!". Para mí, sólo saber que hay varias naturalezas de palabras y que hay que conocerlas para poder utilizarlas y para estar al tanto de sus posibles compatibilidades, hace que me sienta como en éxtasis. Me parece, por ejemplo, que no hay nada más bello que la idea básica de la lengua, a saber: que hay nombres y verbos. Sabiendo esto, es como si ya te hubieran enunciado la esencia de todo. Es maravilloso, ¿no? Hay nombres, verbos…

Para acceder a toda esta belleza de la lengua que la gramática desvela, ¿quizá también haya que ponerse en un estado de consciencia especial? A mí me da la sensación de que puedo hacerlo sin esfuerzo. Creo que fue cuando tenía dos años, al oír hablar a los adultos, cuando comprendí, esa vez y ya para siempre, cómo está hecha la lengua. Las lecciones de gramática para mí siempre han sido meras síntesis a posteriori o, como mucho, precisiones terminológicas. ¿Se puede enseñar a los niños a hablar bien ya escribir bien estudiando gramática si no han tenido esta iluminación que tuve yo? Misterio. Mientras tanto, todas las señoras Magra de la Tierra harían mejor en preguntarse qué música tienen que poner a los alumnos para que puedan entrar en trance gramatical.

Así que le he dicho a la profesora: «Pero ¡qué va, eso es totalmente reductor! » Se ha hecho un gran silencio en la clase porque normalmente yo no suelo abrir la boca y porque le había llevado la contraria a la profesora. Me ha mirado sorprendida y luego ha puesto mala cara, como todos los profes cuando notan que las cosas se complican y que su clasecita facilita sobre el epíteto bien podría convertirse en tribunal de sus métodos pedagógicos. « ¿Y qué sabrás tú de esto, señorita Josse?», me ha preguntado con tono acerbo. Todo el mundo contenía la respiración. Cuando la primera de la clase no está contenta, es malo para el cuerpo docente, sobre todo cuando se trata de un cuerpo tan gordo, así que esta mañana teníamos película de suspense y número de circo, programa doble por el mismo precio: todo el mundo aguardaba para ver el resultado del combate, con la esperanza de que sería sangriento.

«Pues bien, habiendo leído a Jakobson, se antoja evidente que la gramática es un fin y no sólo un objetivo: es un acceso a la estructura ya la belleza de la lengua, y no sólo un chisme que sirve para manejarse en sociedad.» «¡Un chisme! ¡Un chisme!», ha repetido la profesora con los ojos exorbitados. «¡Para la señorita Josse, la gramática es un chisme!»

Si hubiera escuchado bien mi frase, habría comprendido que, justamente, para mí la gramática no es un chisme. Pero creo que la referencia a Jakobson le ha hecho perder los papeles por completo, sin contar que todo el mundo se reía, incluso Cannelle Martin, sin comprender nada de lo que yo había dicho pero sintiendo que una nubecita negra llaneaba sobre la foca de la profesora de lengua. Por supuesto, como os podréis imaginar, nunca he leído nada de Jakobson. Por muy superdotada que sea, prefiero los cómics o la literatura. Pero una amiga de mamá (que es profesora de universidad) hablaba ayer de Jakobson (mientras hablaban, a las cinco de la tarde, ventilándose una botella de vino tinto y un buen pedazo de queso camembert). Y de repente esta mañana se me ha venido a la cabeza.

En ese momento, al ver que la jauría de perros enseñaba ya los colmillos, he sentido compasión. Compasión por la señora Magra. Además no me gustan los linchamientos. Nunca honran a nadie. Por no hablar ya del hecho de que lo me apetece en absoluto que alguien venga a hurgar en mi conocimiento de Jakobson y empiece a sospechar sobre la realidad de mi cociente intelectual.

Por eso he dado marcha atrás y me he callado. Me he tenido que quedar dos horas más en el colegio castigada, y la señora Magra ha salvado su pellejo de profesora. Pero al marcharme de clase, he sentido que sus ojillos inquietos me seguían hasta la puerta.

Y, camino de mi casa, me he dicho: desdichados los pobres de espíritu que no conocen ni el trance ni la belleza de la lengua. 



Traducción del francés por Isabel González-Gallarza

jueves, 11 de agosto de 2011

Frappes et pulsations


           
            Allumer l’unité centrale et l’écran.
            Seulement quelques secondes.
            « Le pire était déjà survenu », se dit-elle dans une petite voix.
            Pourtant, et pour couronner le tout, le peu de secondes qu’elle devait encore attendre semblaient plus éternelles que celles qui s’étaient écoulées. Elle appelait ça « l’éternité des cinq dernières minutes », sachant que toujours les pires minutes de tout processus (un voyage, une queue, une course…) étaient les cinq dernières, pendant lesquelles on avait si hâte d’arriver à la destination finale, que l’attente devenait insupportable.
             En effet, Amanda avait subi une soirée interminable, infestée de convives détestables, lesquels, comme des requins, se jetaient sur elle avec leurs questions aiguisées qui la terrorisaient plus de ce qu’elles mordaient vraiment. Ensuite, le retour en voiture, plongé comme toujours dans un silence d’outre-tombe, qui semblait faire éco à la morte de leur rapport. Néanmoins, Amanda était déjà habituée à ce silence incommodant et matériel qui, tel des poux sur le cuir chevelu d’un enfant, faisait  que toute l’air pique et même qu’on doive le gratter avec des mots vides pour que le picotement ne gêne plus. Cependant, comme toujours, le grattement ne faisait qu’empirer la démangeaison.
            Dès qu’ils arrivèrent, elle s’assura que tout le foyer s’était endormi. « Tout le foyer » … Amanda s’amusait des mots qu’elle-même utilisait pour faire référence au reste du « foyer » : son mari ; comme si avec cette exagération qui frisait l’hyperbate elle pourrait arriver à combler le vide que cette maison générait dans son âme. Pour être réalistes, oui, son mari s’était déjà endormi et ne se lèverait qu’à quatre heures du petit matin pour boire son verre de lait tiède et se coucher de nouveau, comme toujours à l’aube.
           
            Bienvenue
            Préparation du Bureau…

            Marc était un homme de taille moyenne et d’âge moyen aussi, car il lui était impossible d’éviter sa tendance innée de tenter de trouver toujours le juste milieu de la vie. Une vie sans excès ni accès.
            Par ailleurs, son mari possédait la précision d’une pendule suisse mécanisée - ou, comme elle aimait bien l’appeler « marcanisé »- par l’horloger le plus précis du monde. C’était pour cela qu’il était si facile de deviner sa routine, calculée froidement, avec la même froideur avec laquelle l’expert l’avait fabriquée. Tous les jours Marc se levait à la même heure, faisait sa toilette à la même heure, prenait le petit déjeuner et allait au bureau – tout à la même heure, bien sûr ! Après le déjeuner il appelait toujours sa femme pour lui demander comment se passait sa journée. On n’aurait jamais pu le reprocher d’être un mari désintéressé, sauf que, son intérêt, de même que sa tendresse, étaient fournis au compte-gouttes.
            Après avoir travaillé, l’homme « marcanisé » faisait une heure exacte de sport et, ensuite, la cuisine. À la maison, c’était lui qui cuisinait – pas pour gourmandise ni pour l’amour de l’art, mais parce qu’il aimait bien savoir ce qu’il mangeait ; programmer sa diète de sorte qu’il puisse être sûr d’ingérer tous les nutriments nécessaires, sans trop manger. C’était grâce à cette méticulosité que son épouse se maintenait en forme, ce qu’il tentait de faire avec Amanda, sans aucun succès. Du fait, Marc ignorait qu’en cachette, sa femme se permettait les meilleurs excès : chocolats, glaces, bombons, nutella… Ces gourmandises suppléaient à la douceur que le mari, un homme bas en calories, et donc en goût, lui négligeait.
            Cependant, elle était convaincue que si elle était dodue, ce n’était pas à cause des petits plaisirs auxquels elle succombait, mais à cause de tous les lourds bâillements qu’elle devait avaler chaque fois qu’elle était avec Marc. Du fait, elle était complètement sûre que son ventre n’était pas rempli de graisse, mais d’une masse comprimée de bâillements tassés qu’elle avait engloutis à la va-vite au cours de dix années de mariage.

            Nom d'utilisateur: Amanda
            Mot de passe: *******

            Ok. Maintenant il ne fallait que se connecter à Internet et initier le tchat. Elle avait du mal à croire que le moment était finalement arrivé. L’angoisse qui souvent l’envahissait chaque fois qu’elle n’arrivait pas à se connecter à l’heure convenue avait été plus intense cette fois. Amanda se sentait de nouveau comme une adolescente passionnée pour qui chaque gâchis, même le plus infime, représentait la fin du monde. Tandis que l’ordinateur établissait la connexion, elle ne pouvait pas s’empêcher de penser combien chaque minute était longue, au point qu’elle arrivait à entrevoir un cuisinier malicieux qui prenait les minutes, tel des petites boules de pâte, et les pétrissait petit à petit en les faisant de plus en plus larges et vastes. Elle le voyait, les lèvres courbées dans un sourire picaresque et le visage perlé en sueur, en train de pétrir infatigablement ses précieuses minutes, jusqu’à les rendre si longues et si fines qu’elles n’étaient plus qu’un voile délicat. De cette façon, les heures qu’elle passait sans lui se trouvaient couvertes par ces vastes tulles que le cousiner  maudit pétrissait parcimonieusement et que, à mesure que celles-ci s’accumulaient,  celles-là devenaient de plus en plus floues.

John dit:
Coucou, chérie! Ça va? Tu es un peu en retard, je commençais à me préoccuper… 

Amanda dit :
Ouais…pardon…je…j’ai eu des ennuis pour me connecter…

            Amanda avait de plus en plus du mal à inventer des excuses, parfois elle arrivait même au point de se demander s’il ne serait pas mieux de lui dire qu’elle était mariée. En réalité, ils n’avaient rien…pas encore. Même s’ils étaient tout simplement des amis qui ne se connaissaient que par tchat, la trentenaire ne pouvait pas s’empêcher de se sentir attirée pour ce connaisseur inconnu. John était si sage et instruit que fréquemment elle l’imaginait à l’autre côté de l’écran en train de naviguer avec aisance sur les eaux troubles du savoir, qui devenaient de plus en plus limpides au fur et à mesure qu’il les traversait. Devant lui, elle se pâmait d’admiration, ainsi que –il fallait l’admettre – d’amour.
            Le monde cybernétique, auquel une amie l’avait introduite, lui permit de connaître le méritant de son affection, un homme qu’elle n’était jamais arrivée à imaginer, car les rêves ne sont jamais si parfaits. Seulement quelques semaines avaient suffi pour tomber amoureuse folle de cet inconnu, malgré elle. Amanda avait toujours été fidèle à son mari, aussi malgré elle, et elle se sentait un peu coupable d’être tellement attirée par cet étranger. En plus, elle était toujours très méfiante lorsqu’elle faisait de nouvelles connaissances, surtout en Internet, mais cette fois-ci elle s’est dit « pourquoi pas ? ». Le bonheur lui souriait rarement, et cette fois elle avait l’intention de lui redonner le sourire. Elle ne s’était jamais sentie comme ça. Le fait de ne pas le connaitre personnellement l’avait entourée d’un mystère inconnu duquel elle ne voulait pas se libérer. Le doute ainsi que la magie semblaient être éternels dans leur relation. John ne cessait de la surprendre et Amanda, malgré son âge, se trouvait en train de vivre une expérience complètement inédite.
            Donc, elle a continué à parler avec lui, et plus fréquemment quand son mari lui avait annoncé qu’il partait une semaine à une conférence à l’étranger. Sur quel thème portait-elle ? Sa femme s’en fichait, la seule chose qu’elle savait, c’était qu’elle pourrait parler avec son nouvel ami sans se cacher plus et, donc, causer avec une intensité oubliée d’adolescente. Ainsi, l’amoureuse lui raconta son histoire, sa vie, ses passions qui depuis des années se trouvaient étouffées dans son âme, enfermées à clé dans une boîte de Pandore humaine. Amanda frappait et frappait, de plus en plus vite au fur et à mesure que ses pulsations s’accéléraient. Elle tapait désespérément afin d’écrire tout ce que ses lèvres taisaient, mais ses yeux criaient.
            La trentenaire sentait que, peu à peu, il commençait à la connaitre et, ainsi, elle commençait à renaître, reflétée dans le regard insondable de cet homme. John la découvrait lentement, comme qui boit un café avec toute la parcimonie et la tranquillité d’un sage vieillard. Elle était la tasse ; et le café, son essence, laquelle il buvait petit à petit, en laissant des fines orbites de mousse sur la faïence blanche du godet, jusqu’à arriver au fond. Ainsi il but son extrait le plus doux, cette petite quantité de café sucré que nous tous avons dans le fond de nos tasses.
            Par ailleurs, quand elle parlait avec lui les minutes s’écoulaient si rapidement, que le temps semblait s’être replié sur lui-même et se réduire à la moitié ; comme si les minutes s’étaient placées les unes à côte des autres et marchaient ensemble, main dans la main. Aussi, l’horaire et la minuterie s’étaient enlacés et semblaient danser en cercle, enfermés dans la salle de vals de l’horloge.
            La semaine s’est passée et l’amour semblait non seulement s’agrandir, mais aussi s’approfondir. Chaque fois qu’Amanda faisait une suggestion ou tapait quelque léger flirt, John lui répondait avec des citations, et de vers romantiques –il était tellement instruit !- ce qui dévoilait une claire correspondance. C’était un fait : sa simple présence repaîtrait sa vie et, comme conséquence plutôt psychologique que logique, Amanda laissa les gourmandises, elle n’en avait plus besoin.
            Néanmoins, un jour humide et caniculaire, mais calme –comme ceux qui annoncent la tempête qui, dans ce cas, serait interne – son mari est arrivé. Amanda dut aller le recevoir à l’aéroport où elle le regarda par la première fois : pendant toute sa vie, elle l’avait vu sans jamais le regarder vraiment. Ce fut comme ça que la réalité lui tomba dessus, personnifié dans le corps de Marc. Jamais elle n’avait été si palpable, si vivante. Elle ne voulut jamais retourner à la réalité, mais, malheureusement, la réalité retourna à elle.
            Alors, Amanda prit une décision. Elle voulut proposer à John de se connaitre, de se voir en personne, d’amener leur rapport dans un autre niveau, même si cela se traduisait en un grand risque, un risque qu’elle était prête à prendre. La jeune femme passait des nuits entières en veille et des journées entières en rêves, en train d’imaginer comment serait son avenir. Elle ne pouvait plus attendre. Elle allait finalement et vraiment connaitre son nouvel ami, et après quitter son vieux mari.
            Pourtant et étonnamment, le lendemain John ne fut pas là. Abasourdie, Amanda l’attendit toute la journée, tentant de s’occuper avec des tâches ménagères, mais regardant l’écran toutes les cinq minutes. Ce jour-là, il ne se connecta du tout.
            Ce n’était pas grave, un jour n’était rien comparé à un amour éternel et vrai, se consolait-elle. Pourtant, il n’apparut pas le lendemain ni le jour suivant. « Il aura pris des vacances imprévues et donc, il ne m’a pu rien raconter, se disait-elle, après tout la spontanéité entretient l’amour vivant ». Mais son amant, manquant depuis une semaine, commençait à provoquer son désespoir. Un mois et…rien. Amanda se sentait dominée par la dépression, ainsi que par une nouvelle sorte de solitude, la solitude de ceux qui, jadis, avaient su être accompagnés.

***
            L’agent interactif qui s’en servait d’une combinaison de la technologie du langage naturel de « Converseagent » avait été déconnecté. L’expérience était finie. Ce type de robot intelligent désigné pour engager des vraies conversations avec des êtres humains était un succès.
            Le même jour dans lequel les données de l’expérience furent rassemblées, Amanda reçut un mail dans lequel on lui remerciait d’avoir participé dans celle-là. Ce fut en ce moment qu’elle lit le contenu du minuscule écriteau, qui avait apparu lorsqu’elle s’était registrée au tchat. Rédigé dans une écriture minuscule, il contenait les termes et conditions d’usage lesquels, comme tout le monde, elle avait acceptés sans même pas leur jeter un coup d’œil.
            Dans l’avant-dernier paragraphe, uniquement dans une ligne, on informait que certains utilisateurs n’était pas humains, mais « agents intelligents », car il semblait qu’utiliser le mot « robot » pourrait répandre la panique. Pourtant, la parole n’effrayait pas Amanda le moins du monde.
            Ce n’était pas la première fois qu’elle tombait amoureuse d’un robot, se dit-elle, résignée. Alors, les pensées infestées d’amertume et d’un dépit infondé, Amanda ne put pas s’empêcher de se demander, avec un arrière-goût d’ironie et sadomasochisme, qui était le vrai automate : son amant robot ou son mari humain ?

Les ballades des balades, ou vice versa



            Il a dormi avec moi sans s’en rendre compte. Et, pour comble de bizarrerie, moi, je ne me suis pas rendue compte non plus que nous étions en train de dormir ensemble. Quand je me suis réveillée, il était déjà là, plongé dans ses rêves les plus profonds, tel un infant perdu qui avait, finalement, retrouvé la chaleur d’un foyer.
            Au moins cela était ce qu’elle se donnait à croire. Elle aimait regarder les gens, leur profil, leur allure et, ainsi, leur attribuer toute sorte d’histoires. Voilà pourquoi elle aime bien voyager dans le car. On rencontre tout un éventail de personnalités qui devient de plus en plus large au fur et à mesure qu’on les décore. Par ailleurs, on pourrait dire qu’elle n’a jamais abandonné ses jeux d’enfance : ses poupées de jadis, sont devenues les gens d’aujourd’hui, avec lesquels elle crée une myriade de fictions.

***

            C’est une fille jeune – toujours jeune – aux traits délicats ; même si, en réalité, ils sont ainsi uniquement à cause de son allure et de ses vêtements, qui les teignent de délicatesse. En effet, sa prestance n’est pas le reflet de sa personnalité, elle en est la créatrice. Ainsi, le contenant s’approprie petit à petit – elle est toujours petite – du contenu, comme une tache vivante qui devient par elle-même un chef-d’œuvre sur une toile vide. Elle est victime de cet être inconnu qui dessine sur elle, comme une main sans maître, des créations inédites déjà connues par tout le monde.
            Peu importe son nom. Elle n’a pas de nom, et elle en a plusieurs à la fois.
Elle n’a pas de foi non plus, sa seule croyance est la mode, un mode de vie incroyable, au moins pour quelqu’un comme moi.
            D’ailleurs, peu importe ce qu’elle fait, mais comment elle le fait. La façon dont elle monte au bus,  dont elle marche, et même dont elle reste assise montre qu’elle n’appartient pas à ce monde. Elle marche vite sans se dépêcher, en portant avec elle sa nonchalance (re)cherchée, ainsi que son look qui n’a rien à voir avec celui des autres, comme si toutes les contradictions de la vie étaient contenues dans ce verre vide.
            En plus, au contraire des autres, elle n’a pas besoin de se cacher derrière un livre, ou entre les auriculaires de son baladeur pendant mon discours, mais il suffit de se cacher derrière son impassible visage qui envisage faire face à la pénurie avec une telle facétie. Quand même, je demeure dans ce bus, où je continue à prononcer mon monologue écœurant appris par cœur, dont la monotonie  empêche que les effets désirés soient achevés. Personne ne va me donner un sou. Je suppose que les gens, habitués à écouter tous les jours des telles misérables histoires de misère, n’y prêtent plus attention. Alors, je me rends compte que les portraits de misère, comme le mien et aussi comme le sien – même si la misère n’est pas la même-, sont comme la drogue : ils doivent être de plus en plus intenses pour nous bouleverser.
            Pourtant elle, au dépit de son manque d’intensité, me bouleverse toujours.

***

            Le même rêve. Toujours le même rêve, sauf que cette fois il semblait s’être réalisé ou, au moins,  avoir survécu au passage du sommeil à la veille, ce qu’il s’amuse à  considérer comme le purgatoire des rêves.
            En effet, elle était là, pas plus recroquevillée ni cachée dedans la capuche de son manteau - comme elle l’était quand le jeune garçon était monté au car - mais épanouie, tel un papillon qui abandonne son cocon GAP pour éblouir le monde avec sa grâce éclatante. Non, il ne s’agissait pas d’un rêve, car un être si extraordinaire ne pouvait appartenir qu’à la réalité.
            Néanmoins, il savait bien que son rêve récurrent pouvait lui jouer un mauvais tour, lui faire croire que cette fille imaginaire - mais dont la vitalité pouvait arriver au point de le blesser - pourrait non seulement exister, mais aussi l’aimer en retour. C’était la faute à sa dernière vie, une vie de mendicité, pendant laquelle l’adolescent s’abaissait à demander l’aumône au bus, au métro, n’importe où. De fait, le clodo était convaincu qu’il s’était rapetissé de sept centimètres, il en était sûr, puisqu’il se sentait toujours de plus en plus infime.
            En plus, le vagabond involontaire craignait que son rêve se moque de lui, en lui montrant une fausse réalité, la plus convoitée de toutes, celle de la rencontrer. Il se méfiait de lui, car il savait bien que les fantaisies ne sont jamais aussi réelles que dans nos propres rêves. Le clochard voyait déjà son rêve, triomphant, avec un sourire narquois aux lèvres. Ce rêve qui insistait pour la faire toujours sa protagoniste, tel un célèbre réalisateur obstiné à la faire toujours la radieuse vedette de ses innombrables films.
            Et, pourtant, elle était à côté de lui, en train de regarder le lever du soleil par la fenêtre du car ; il la sentait et ne pouvait pas croire jusqu’où son rêve était allé pour le tromper. En effet, tel un sculpteur de la renaissance, il s’était donné le mal de récréer une figure humaine peinte des couleurs flamboyantes de l’aube. C’était un spectacle unique : le paysage était devenu le bouffon personnel à elle, lequel, avec ses couleurs et mouvements erratiques ne voulait que l’amuser, en lui donnant une représentation fantastique qui se reflétait sur son visage.
            D’ailleurs, le chômeur apercevait facilement le changement subi par le paysage, qui avait l’air d’avoir le trac à cause de sa présence de reine. Il sentait que les lacs et les ruisseaux ne respiraient plus doucement comme d’habitude, mais que leur respiration était devenue agitée accéléré et sa-ca-dée, tout au même temps. En plus, le passager voyait comment l’intensité des couleurs avait augmenté : le bleu était plus bleu, le vert plus vert et le blanc plus blanc quand elle illuminait le paysage de son regard explorateur. Tout était plus vivant quand cette fille était là.
            Il voulait plus que rien au monde s’approcher d’elle, l’explorer de la même façon dans laquelle elle explorait l’horizon et devenir, lui aussi, vivant. Cependant, le jeune homme n’osait pas le faire. Il regardait avec dépit le signe d’interrogation suspendu entre lui et le monde inconnu de cette inconnue. Mais l’adolescent n’osait pas franchir cette ligne imaginaire, car il savait bien que le charme de certaines choses réside dans son mystère. Et cette fille constituait un mystère en elle-même, un mystère indépendant du monde qui l’entourait, un mystère qu’il aimerait bien dévoiler, petit à petit, de la même façon dans laquelle on mange un ferrero rocher : en grignotant couche après couche, jusqu’à arriver au cœur.
            Il était plongé dans cette mer de pensées troubles quand il l’a senti bouger. En effet, elle était en train de sortir son baladeur de la poche de son manteau. Le volume de la musique était si haut que, par moments, il réussissait à entendre quelques morceaux de certaines chansons, lesquels semblaient être sélectionnés spécialement pour lui, ou, au moins, cela était ce qu’il a voulu croire. Ainsi, le jeune voyageur se sentait comme un pigeon veinard, qui recevait les meilleures miettes d’un pain au chocolat, celles les plus douces :

Et dès que je l'aperçois
Alors je sens en moi
Mon cœur qui bat.

            Alors, le garçon, complètement sûr qu’elle était en train de parler avec lui avec des paroles d’autrui, a voulu lui répondre. Il voulait lui dire quelque chose, se présenter, lui montrer ses intentions et son âme simultanément:

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Je viendrai, ma douce captive
Mon âme sœur, ma source vive
Je viendrai boire tes vingt ans
Et je serai prince de sang
Rêveur ou bien adolescent
Comme il te plaira de choisir

            Oui, c’était sûr que le métèque avait bien compris son jeu musical, car immédiatement après avoir écouté la chanson qu’il lui avait dédiée, la passagère inconnue s’est mise à chercher une autre mélodie avec laquelle lui répondre :

Il y a des mots qui me gênent des centaines de mots des milliers de rengaines qui ne sont jamais les mêmes
Comment te dire ? Je veux pas te mentir tu m'attires
Et c'est la que ce trouve le vrai fond du problème
(…)
Je te veux toi avec défauts
Et tes problèmes de fabrications
Je te veux toi, j'veux pas un faux
Pas de contrefaçons
j'vais pas te rendre pour prendre un autre
j' vais pas te vendre pour une ou deux fautes
Je veux tes mots, je veux ta peau
C'est jamais trop
Je te veux plus, changé d'avis
J'ai vu un autre un peu plus joli
Je ne veux pas, je ne veux plus
Jamais voulu
Et puis t'es qui j'te connais pas
T'as dû rêver ce n'était pas moi
Mes confusions, tu les connais
Laissons tomber

            Horrifié, puisqu’il l’avait déjà sentie dubitative bien avant qu’elle le lui laisse entendre, le jeune amoureux a commencé à chercher quelques mots pour la convaincre de ne pas le lâcher,  pour la conquérir. De fait, d’après lui, elle était une cité fortifiée, laquelle, à peine commençait à baisser le pont pour laisser passer les gens, s’en repentait rapidement et le levait de nouveau, en fermant toutes ces portes.

Moi je t'offrirai
Des perles de pluie
Venues de pays
Où il ne pleut pas
Je creuserai la terre
Jusqu'après ma mort
Pour couvrir ton corps
D'or et de lumière
Je ferai un domaine
Où l'amour sera roi
Où l'amour sera loi
Où tu seras reine
Ne me quitte pas

Je suis la pluie et tu es mes gouttes
Tu es le oui et moi le doute
(…)
T'es le jamais de mon toujours
T'es mon amour t'es mon amour

            De nouveau, elle avait laissé les slows parler à sa place. De fait, elle ne lui avait pas parlé dans tout le périple, et elle n’a pas eu besoin de le faire, car il ne fallait pas qu’elle parlât pour qu’il pût l’entendre. Et il l’entendait bien, pas vraiment à cause de son iphone, mais plutôt grâce à sa proximité.
            Donc, il a pris sa réponse comme un « oui ». Puis, le mecton s’est mis à penser ce qu’il allait faire ensuite. Il savait bien qu’il devait avoir patience et ne pas la forcer ; mais, au même temps, le pauvre amoureux mourait d’envie de commencer une vie avec elle ou, au moins, de la revoir. Or, en réalité, de la voir pour la première fois, car son visage se penchait toujours vers la fenêtre. Alors, le garçon a choisi deux ballades, pour lui montrer sa persévérance sereine.
           
Je dois juste m'asseoir
Je ne dois pas parler
Je ne dois rien vouloir
Je dois juste essayer
De lui appartenir
De lui appartenir
Je l'aime à mourir

On serait juste Toi et Moi
Près d'ici ou là-bas
Sans règles dignes et sans foie
Quand tu veux on y va

            Alors la princesse est restée muette, plus mouette que pendant tout le trajet. En effet, maintenant son silence était plus lourd que jamais, et lui, il sentait comment ce silence costaud égrappait l’air jusqu’à le déchirer. Néanmoins, cela n’a pas été tellement terrible, car il avait déchiré au même temps non seulement sa ligne imaginaire, son signe d’interrogation, ses murailles et ses portes, mais aussi tous leurs doutes.

J'ai rendez-vous avec vous
La fortun' que je préfère
C'est votre cœur d'amadou
Tout le restant m'indiffère
J'ai rendez-vous avec vous !

            Avec ces dernières paroles, la fille de ses rêves s’en est allée, mystérieuse comme toujours. Du fait, de la même façon que Hansel et Gretel ont laissé des miettes pour marquer le chemin de retour, elle a laissé, en partant, trois points suspensifs…
            Pourtant, avant de descendre elle l’a regardé dans les yeux pour la première fois. Elle avait un regard intermittent qui, par moments, lançait des éclats éblouissants et qui, peu après devenait plus apaisant que la plus tranquille des berceuses. C’étaient ces yeux qui ont crié tout ce qu’elle avait tu ce matin, qui ont chanté la dernière ballade :

Au printemps, tu verras, je serai de retour,
Le printemps, c'est joli pour se parler d'amour,
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
Et déambulerons dans les rues de Paris.








martes, 2 de noviembre de 2010

Niveles de lengua


                Cabe entender por niveles de lengua los matices especiales que un grupo da al idioma, según circunstancias tales como ubicación geográfica, educación, influencia ambiental, ocupación, profesión, etc. La expresión “matices especiales” se refiere a peculiaridades en diferentes aspectos de la lengua: léxico, semántico, fónico, morfológico, sintáctico.

Niveles de lengua:
*  Poética

*  Literaria

*  Culta: procede de aquellos sectores de la sociedad cuya característica es la cultura. Se expresa, normalmente, en forma escrita. Sus rasgos esenciales son: riqueza y selección de vocabulario; abundancia de cultismos y semicultismos; cuidado extremado en la pronunciación de los sonidos, en las construcciones, en el empleo de palabras y en todo lo referente a la semántica; no ser espontáneo; conocimiento y utilización de todos los recursos lingüísticos.

*  Normal, estándar: aquella utilizada como modelo, por estar normalizada, de acuerdo con las normas prescritas, como correcta. Es el registro que usan los medios de comunicación, los profesores, los profesionales, etc. Por lo general, el concepto de ‘estándar’ se aplica sólo al léxico y a la morfosintaxis, estando excluido del mismo las variedades fonológicas[1].

*  Familiar: se caracteriza por el uso de palabras y enunciados que tienen más carga expresiva, afectiva o emotiva.

*  Popular: en este registro de lengua pueden observarse numerosas desviaciones de las normas de corrección. Por ejemplo, decir “demen” por denme o “andé” por anduve (en el plano morfológico); “está calor” (en el plano sintáctico); o “sandia” por “sandía” y “intérvalo” por “intervalo” (en el plano fónico).

*  Vulgar o jergal: el lenguaje coloquial se utilizado por un grupo social diferenciado de los demás, que posee un léxico o unas técnicas expresivas que sólo comprenden los que pertenecen a ese grupo social, recibe el nombre de “jerga” o “argot”. Teóricamente existirán, pues, tantas jergas como profesiones, como grupos sociales diferenciados existen. Ahora bien, varían mucho unas jergas de otras por la riqueza del léxico. Los lenguajes jergales se caracterizan por la “ocultación o diferenciación deliberada”. Unos tienen un carácter estable (caló, germanía); otros están en constante renovación, tal es el caso de las jergas de estudiantes. Las jergas sirven para diferenciar a muchos grupos (emigrantes, malhechores, etc.).


Ejemplificación de niveles de lengua

ESPAÑOL
FRANÇAIS
ENGLISH
Poético – poétique
“Dormir el dulce sueño de la obscura eternidad” (Becquer)
« le gué[2] où buissonnent[3] les ombres connaîtra son passage aux limites du froid » (Yves Bonnefoy)
"What dreams may come, When we have shuffled off this mortal coil, Must give us pause" —William Shakespeare, Hamlet
Literario- littéraire
      Volar al cielo
      Pasar el umbral
      Lanzar el último suspiro
      “lo cubrió el manto de la muerte” (J.Bernardo)
*     Tomber au champ d’honneur
*     S’échapper à soi-même

Culto- savante
      Fenecer
      Expirar
      Perecer
      Sucumbir
      Finar
      Fallecer
      Desaparecer
      Dejar de existir
      óbito
*     Décéder
*     Expirer
*     Périr
*     Succomber
*     Perdre la vie
*     Fuir ses jours
*     Trépasser
*     Cesser d’être

*     To expire
*     To succumb
*     Decease
*     Perish

Normal
MORIR
MOURIR
*     aller au paradis, aller en enfer
*     fermer les yeux
*     perdre la vie
TO DIE
*     To cross over
*     To pass away
*     To go with the Lord
*     To go home
Familiar - familier
      Palmar
      Estirar la pata
*     Y rester[4]
*     Clamecer
*     Passer l’arme à gauche
*     épouser la veuve[5]
*     calancher
*     claboter[6]
*     claquer
*     crever
*     avaler son extrait de naissance
*     manger les pissenlits[7] par la racine
*     payer sa dette à la nature
*     rendre le dernier soupir
*     to bite the dust
*     to kick the bucket
*     to check out
*     to give up the ghost
*     to cease to be
*     cash in (one's) chips
*     to snuff it
*     To push up daisies
Popular - populaire
      Quedarla
      Espichar
      Marchar
      Cantar flor

Vulgar o jergal -registre argotique

*     Clapser
*     avaler[8] sa chique[9] /a.va.la sa ʃik/
*     to buy the farm (US slang)





Poético – poétique
      Vil metal
      Poderoso caballero
*     “source de la liberté” (Chateau)
*     Filthy lucre
Literario- littéraire



Culto- savante
      Peculio
      Cumquibus
      Capital
      Supernumerario
      Fondos
      Liquidez

*     Monnaie
*     Fonds
*     Capital
*     Espèce
*     Pécule
*     Recette[10]
*     Numéraire
*     Ressources pécuniaires
*     Deniers[11]
*     Liquidités
*     Wherewithal
*     Capital
*     Assets
*     Wealth
*     monetary unit
*     cumquibus
*     Funds
*     Legal tender
*     Currency
*     resources
Normal
      DINERO
ARGENT
*     Richesse
*     Fortune
*     Gain
*     Or
*     Métal
*     Moyens
MONEY
*     means
*     coins
Familiar - familier
      Plata
*     Sous
*     Cash
*     piastre[12]
*     valle
*     liard[13]
*     Cash
*     change
Popular - populaire
      Guita
      Pasta
      Gambas
      Palo
      Money
      Tela
      Lana
      Chanchos
      Lucas
*     Fric
*     Galette[14]
*     Braibe
*     Flouse-flouze
*     Picaillon
*     Pognon
*     radis[15]
*     rond
*     blé
*     oseille
*     jonc
*     Bucks
*     Green
*     Stuff
*     Quid
*     Loot
*     Bread
Vulgar o jergal -registre argotique
      Prócer
      chapa
*     trèfle[16]
*     braise
*     grisbi
*     thune
*     pèze
*     Dough /dəʊ/
*     Dosh
*     Soondulics
*     Letters
*     Grid
*     Dead presidents



[1] http://culturitalia.uibk.ac.at/hispanoteca/Lexikon%20der%20Linguistik/r/REGISTER%20%20%20Registro.htm
[2] Gué [ge] m (de un río) vado; traverser à g. vadear
[3] buissonner - verbe intransitif 
    * En parlant d'un chien de chasse, quêter à travers les buissons.
    * En parlant d'un arbre, pousser en buisson.
Buisson : Arbuste ou groupe d'arbustes rameux dès la base et difficile à traverser. (S'emploie au pluriel dans le même sens.) - matorral
[4] y rester -  fam il a failli y rester  por poco estira la pata
[5] Être exécuté à mort, être pendu, être guillotiné, aller au supplice
[6] (Régionalisme) (Nord-Est de la France) Mourir, périr.
[7] [pisãli] m Bot diente de león
[8] Avaler [avale] vtr 1(comer) engullir. 2fam (creerse) tragarse. 3fam (soportar) tragar
[9] mascada
[10] Econ ingresos;
faire de bonnes recettes tener buenos ingresos;
faire la r. realizar el cobro
recettes  nfpl  (comm, rentrées d'argent) entradas  fpl 
faire recette   (spectacle, exposition)  ser taquillero(-a) 
[11] (Antiquité) Monnaie romaine d’argent qui, jusqu’à l’an 536 de Rome, valait dix as et plus tard seize. (Par extension) Argent.
[12] # Monnaie divisionnaire de l'Égypte, du Liban et de la Syrie, valant un centième de livre. # Familier. Au Canada, billet de un dollar.
[13] (moneda antigua) ochavo;
couper un liard en quatre fam ser muy tacaño;
ne pas avoir un rouge liard fig no tener ni un céntimo
[14] 1 Culin torta. 2 fam (dinero) pasta, pelas
[15] ne pas avoir un radis. no tener ni un duro, estar sin blanca
[16] Normalmente: trébol tréfle à quatre feuilles trébol de cuatro hojas