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martes, 16 de octubre de 2012

De la grammaire / De la gramática


Alors quand, ce matin, s’ajoutant à la corvée habituelle d’un cours de littérature sans littérature et d’un cours de langue sans intelligence de la langue, j’ai éprouvé un sentiment de n’importe quoi, je n’ai pas pu me contenir. Mme Maigre faisait un point sur l’adjectif qualificatif épithète, au prétexte que nos rédactions en étaient totalement dépourvues« alors que vous devriez en être capables depuis le CE2 ». « C’est pas possible de voir des élèves aussi incompétents en grammaire », a-t-elle ajouté en regardant spécialement Achille Grand-Fernet. Je n’aime pas Achille mais là, j’étais d’accord avec lui quand il a posé sa question. Je trouve que ça s‘imposait. En plus, qu’une prof de lettres oublie la négation, moi, ça me choque. C’est comme un balayeur qui oublierait des moutons. « Mais à quoi ça sert, la grammaire ? » a-t-il demandé. « Vous devriez le savoir », a répondu madame-jesuis-pourtant-payée-pour-vous-l’enseigner. «Ben non, a répondu Achille avec sincérité pour une fois, personne n’a jamais pris la peine de nous l’expliquer. » Mme Maigre a poussé un long soupir, du genre « faut-il que je me coltine encore des questions stupides » et a répondu : « Ça sert à bien parler et à bien écrire. »


Alors là, j’ai cru avoir une crise cardiaque. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi inepte. Et par là, je ne veux pas dire que c’est faux, je veux dire que c’est vraiment inepte. Dire à des adolescents qui savent déjà parler et écrire que la grammaire, ça sert à ça, c’est comme dire à quelqu’un qu’il faut qu’il lise une histoire des W.-C. à travers les siècles pour bien savoir faire pipi et caca. C’est dénué de sens ! Si encore elle nous avait montré, sur des exemples, qu’on a besoin de connaître un certain nombre de choses sur la langue pour bien l’utiliser, bon, pourquoi pas, c’est un préalable. Par exemple, que savoir conjuguer un verbe à tous les temps évite de faire des grosses fautes qui fichent la honte devant tout le monde à un dîner mondain (« J’aurais bien venu chez vous plus tôt mais j’ai prenu la mauvaise route »). Ou que pour écrire une invitation dans les règles à se joindre à une petite sauterie au château de Versailles, connaître la règle d’accord de l’adjectif qualificatif épithète est bien utile : on s’épargne les « Chers ami, voudriez-vous venir à Versailles ce soir ? J’en serais tout ému. La Marquise de Grand-Fernet ».Mais si Mme Maigre croit que c’est seulement à ça que sert la grammaire... On a su dire et conjuguer un verbe avant de savoir que c’en était un. Et si le savoir peut aider, je ne crois quand même pas que ce soit décisif.

 Moi, je crois que la grammaire, c’est une voie d’accès à la beauté. Quand on parle, quand on lit ou quand on écrit, on sent bien si on a fait une belle phrase ou si on est en train d’en lire une. On est capable de reconnaître une belle tournure ou un beau style. Mais quand on fait de la grammaire, on a accès à une autre dimension de la beauté de la langue. Faire de la grammaire, c’est la décortiquer, regarder comment elle est faite, la voir toute nue, en quelque sorte. Et c’est là que c’est merveilleux : parce qu’on se dit : « Comme c’est bien fait, qu’est-ce que c’est bien fichu ! », « Comme c’est solide, ingénieux, riche, subtil ! ». Moi, rien que savoir qu’il y a plusieurs natures de mots et qu’on doit les connaître pour en conclure à leurs usages et à leurs compatibilités possibles, ça me transporte. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau, par exemple, que l’idée de base de la langue, qu’il y a des noms et des verbes. Quand vous avez ça, vous avez déjà le cœur de tout énoncé. C’est magnifique, non ? Des noms, des verbes...

Peut-être, pour accéder à toute cette beauté de la langue que la grammaire dévoile, faut-il aussi se mettre dans un état de conscience spécial ? Moi, j’ai l’impression de le faire sans effort. Je crois que c’est à deux ans, en entendant parler les adultes, que j’ai compris, en une seule fois, comment la langue était faite. Les leçons de grammaire ont toujours été pour moi des synthèses a posteriori et, peut-être, des précisions terminologiques. Est-ce qu’on peut apprendre à bien parler et bien écrire à des enfants en faisant de la grammaire s’ils n’ont pas eu cette illumination que j’ai eue ? Mystère. En attendant, toutes les Mme Maigre de la terre devraient plutôt se demander quel morceau de musique il faut qu’elles passent à leurs élèves pour qu’ils puissent se mettre en transe grammaticale.

J’ai donc dit à Mme Maigre : « Mais pas du tout, c’est totalement réducteur ! » Il y a eu un grand silence dans la classe parce que, d’habitude, je n’ouvre pas la bouche et parce que j’avais contredit la prof. Elle m’a regardée avec surprise puis elle a pris un air mauvais, comme tous les profs quand ils sentent que le vent tourne au nord et que leur petit cours pépère sur l’adjectif qualificatif épithète pourrait bien se transformer en tribunal de leurs méthodes pédagogiques. « Et qu’en savez-vous, mademoiselle Josse ? » a-t-elle demandé d’un ton acerbe. Tout le monde retenait son souffle. Quand la première de la classe n’est pas contente, c’est mauvais pour le corps enseignant, surtout quand il est bien gras et donc ce matin c’était thriller et jeux du cirque pour le même prix : tout le monde attendait de voir l’issue du combat, qu’on espérait bien sanglant.

« Eh bien, ai-je dit, quand on a lu Jakobson, il paraît évident que la grammaire est une fin et pas seulement un but : c’est un accès à la structure et à la beauté de la langue, pas seulement un truc qui sert à se débrouiller en société. » « Un truc ! Un truc ! » a-t-elle répété avec des yeux exorbités. « Pour Mlle Josse, la grammaire c’est un truc ! »

Si elle avait bien écouté ma phrase, elle aurait compris que, justement, pour moi, ce n’est pas un truc. Mais je crois que la référence à Jakobson lui a totalement fait perdre les pédales, sans compter que tout le monde ricanait, y compris Cannelle Martin, sans avoir rien compris à ce que j’avais dit mais en sentant un petit nuage de Sibérie planer sur la grosse prof de français. En fait, je n’ai jamais rien lu de Jakobson, vous pensez bien. J’ai beau être surdouée, je préfère quand même les B.D. ou bien la littérature. Mais une amie de maman (qui est professeur d’Université) parlait de Jakobson hier (pendant qu’elles se tapaient, à cinq heures, du camembert et une bouteille de vin rouge). Du coup, ça m’est revenu ce matin.

À ce moment-là, en sentant la meute retrousser ses babines, j’ai eu pitié. J’ai eu pitié de Mme Maigre. Et puis je n’aime pas les lynchages. Ça n’honore jamais personne. Sans compter que je n’ai aucune envie que quelqu’un aille fouiller du côté de ma connaissance de Jakobson et se mette à avoir des soupçons sur la réalité de mon Q.I.

Alors j’ai fait machine arrière et je n’ai plus rien dit. J’ai écopé de deux heures de colle et Mme Maigre a sauvé sa peau de prof. Mais quand j’ai quitté la classe, j’ai senti ses petits yeux inquiets qui me suivaient jusqu’à la porte.

Et sur le chemin de la maison, je me suis dit : malheureux les pauvres d’esprit qui ne connaissent ni la transe ni la beauté de la langue.

"L'élégance du hérisson", Muriel Barbery.


***

Entonces, cuando esta mañana, añadiéndose al rollazo habitual de una clase de literatura sin literatura y de una clase de lengua sin inteligencia de la lengua, he experimentado un sentimiento extraño, inclasificable, no he podido contenerme. La profesora estaba tratando el epíteto, con el pretexto de que en nuestras redacciones brillaba por su ausencia «cuando deberíais ser capaces de emplearlo desde tercero de primaria». «Alumnos tan incompetentes en gramática como vosotros, desde luego, es como pa' pegarse un tiro», ha añadido luego, mirando especialmente a Achille Grand-Fernet. No me cae bien Achille pero tengo que decir que estaba de acuerdo con la pregunta que le ha hecho a la profesora. Creo que se imponía algo así. Además, que una profesora de letras diga pa' en lugar de «para», a mí me choca, qué queréis que os diga. Es como si un barrendero se dejara sin recoger del suelo las bolas de pelusa de polen. «Pero la gramática, ¿para qué sirve?», le ha preguntado Achille. «Deberías saberlo», le ha contestado doña Me-pagan-para-que-os-lo-enseñe. «Pues no», ha replicado Achille con sinceridad, por una vez, «nadie se ha tomado nunca la molestia de explicárnoslo». La profesora ha dejado escapar un largo suspiro, en plan «encima tengo que tragarme estas preguntas estúpidas», y ha respondido: «Sirve para hablar bien y escribir bien.»

Entonces he creído que me iba a dar un infarto. Nunca había oído tamaña ineptitud. Y con esto no quiero decir que no sea verdad, digo que es una ineptitud como una casa. Decir a unos adolescentes que ya saben leer y escribir que la gramática sirve para eso, es como decirle a alguien que se tiene que leer una historia de los cuartos de baño a través de los siglos para saber hacer bien pis y caca. jNo tiene sentido! Si todavía nos hubiera demostrado, con ejemplos, que hay que saber ciertas cosas sobre la lengua para utilizarla bien, entonces bueno, por qué no, puede ser una base para empezar. Por ejemplo, que saber conjugar un verbo en todos los tiempos te evita cometer errores gordos que te avergüenzan delante de todo el mundo en una cena mundana «Hubiera veído esa película que comentáis, si no me habrían aconsejado antes que no lo haciese ») O que, para escribir como es debido una invitación para unirse a una pequeña orgía en el castillo de Versalles, conocer las reglas de concordancia entre sujeto y verbo puede resultar muy útil. De esta manera uno se ahorra torpezas como ésta: «Querido amigo, si esa gente que usted y yo conocemos quisieran venir a Versalles esta noche, me complacería mucho recibirlas. La Marquesa de Grand-Fernet." Pero si la señora Magra se cree que la gramática sólo sirve para eso... De niños hemos sabido conjugar un verbo antes de saber siquiera que se trataba de un verbo. Y, si bien el saber puede ayudar, no creo sin embargo que sea algo decisivo.

Yo en cambio creo que la gramática es una vía de acceso a la belleza. Cuando hablas, lees o escribes, sabes muy bien si has hecho una frase bonita, o si estás leyendo una. Eres capaz de reconocer una expresión elegante o un buen estilo. Pero cuando se estudia gramática, se accede a otra dimensión de la belleza de la lengua. Hacer gramática es observar las entrañas de la lengua, ver cómo está hecha por dentro, verla desnuda, por así decirlo. Y eso es lo maravilloso, porque te dices: «Pero ¡qué bonita es por dentro, qué bien formada!", «¡Qué sólida, qué ingeniosa, qué rica, qué sutil!". Para mí, sólo saber que hay varias naturalezas de palabras y que hay que conocerlas para poder utilizarlas y para estar al tanto de sus posibles compatibilidades, hace que me sienta como en éxtasis. Me parece, por ejemplo, que no hay nada más bello que la idea básica de la lengua, a saber: que hay nombres y verbos. Sabiendo esto, es como si ya te hubieran enunciado la esencia de todo. Es maravilloso, ¿no? Hay nombres, verbos…

Para acceder a toda esta belleza de la lengua que la gramática desvela, ¿quizá también haya que ponerse en un estado de consciencia especial? A mí me da la sensación de que puedo hacerlo sin esfuerzo. Creo que fue cuando tenía dos años, al oír hablar a los adultos, cuando comprendí, esa vez y ya para siempre, cómo está hecha la lengua. Las lecciones de gramática para mí siempre han sido meras síntesis a posteriori o, como mucho, precisiones terminológicas. ¿Se puede enseñar a los niños a hablar bien ya escribir bien estudiando gramática si no han tenido esta iluminación que tuve yo? Misterio. Mientras tanto, todas las señoras Magra de la Tierra harían mejor en preguntarse qué música tienen que poner a los alumnos para que puedan entrar en trance gramatical.

Así que le he dicho a la profesora: «Pero ¡qué va, eso es totalmente reductor! » Se ha hecho un gran silencio en la clase porque normalmente yo no suelo abrir la boca y porque le había llevado la contraria a la profesora. Me ha mirado sorprendida y luego ha puesto mala cara, como todos los profes cuando notan que las cosas se complican y que su clasecita facilita sobre el epíteto bien podría convertirse en tribunal de sus métodos pedagógicos. « ¿Y qué sabrás tú de esto, señorita Josse?», me ha preguntado con tono acerbo. Todo el mundo contenía la respiración. Cuando la primera de la clase no está contenta, es malo para el cuerpo docente, sobre todo cuando se trata de un cuerpo tan gordo, así que esta mañana teníamos película de suspense y número de circo, programa doble por el mismo precio: todo el mundo aguardaba para ver el resultado del combate, con la esperanza de que sería sangriento.

«Pues bien, habiendo leído a Jakobson, se antoja evidente que la gramática es un fin y no sólo un objetivo: es un acceso a la estructura ya la belleza de la lengua, y no sólo un chisme que sirve para manejarse en sociedad.» «¡Un chisme! ¡Un chisme!», ha repetido la profesora con los ojos exorbitados. «¡Para la señorita Josse, la gramática es un chisme!»

Si hubiera escuchado bien mi frase, habría comprendido que, justamente, para mí la gramática no es un chisme. Pero creo que la referencia a Jakobson le ha hecho perder los papeles por completo, sin contar que todo el mundo se reía, incluso Cannelle Martin, sin comprender nada de lo que yo había dicho pero sintiendo que una nubecita negra llaneaba sobre la foca de la profesora de lengua. Por supuesto, como os podréis imaginar, nunca he leído nada de Jakobson. Por muy superdotada que sea, prefiero los cómics o la literatura. Pero una amiga de mamá (que es profesora de universidad) hablaba ayer de Jakobson (mientras hablaban, a las cinco de la tarde, ventilándose una botella de vino tinto y un buen pedazo de queso camembert). Y de repente esta mañana se me ha venido a la cabeza.

En ese momento, al ver que la jauría de perros enseñaba ya los colmillos, he sentido compasión. Compasión por la señora Magra. Además no me gustan los linchamientos. Nunca honran a nadie. Por no hablar ya del hecho de que lo me apetece en absoluto que alguien venga a hurgar en mi conocimiento de Jakobson y empiece a sospechar sobre la realidad de mi cociente intelectual.

Por eso he dado marcha atrás y me he callado. Me he tenido que quedar dos horas más en el colegio castigada, y la señora Magra ha salvado su pellejo de profesora. Pero al marcharme de clase, he sentido que sus ojillos inquietos me seguían hasta la puerta.

Y, camino de mi casa, me he dicho: desdichados los pobres de espíritu que no conocen ni el trance ni la belleza de la lengua. 



Traducción del francés por Isabel González-Gallarza

jueves, 19 de julio de 2012

Cosas que parecen normales cuando eres traductor



Agregaría:

  • "Fingir que tienes horarios normales" y que te gustan los feriados no laborables que no tenés.
  • Pasarte, antes de una conferencia, media hora discutiendo si la mejor traducción para "Animal Science" (como estudio universitario) es "zoología", "ciencia veterinaria" o el calco "ciencia animal"; decidirte por la segunda y que la oradora hispanohablante diga, sin pensarlo, "ciencia animal".
  • Escribir en las redes sociales usando todos los tildes, así como signos de interrogación y de exclamación de apertura.
  • Hacer de tu computadora tu herramienta de trabajo, tu televisión, tu cine, tu equipo de audio y tu forma de contacto con el mundo exterior.

martes, 5 de junio de 2012

¿Por qué soy traductora?



Hay cosas que uno no decide, que las decide el instinto, y por eso mismo resulta difícil reflexionar racionalmente sobre ellas. Más aún explicarlas a otros.

 Ser traductora es, para mí, un modo de relacionarme con la lengua –es decir, con la vida– que implica varias trayectorias entrecruzadas entre sí. Varios placeres. Varias exigencias también.

Adentrarme en un texto siempre es para mí un gran viaje interior. A veces ese viaje recorre selvas frondosas llenas de plantas desconocidas, de animales exóticos, de luces filtradas por doseles de follajes suntuosos. Otras veces la travesía me lleva por desiertos interminables, por pedregales hostiles que me arrancan jadeos y gemidos de dolor. O por cursos de agua que me arrastran, como una astilla, en el discurrir majestuoso de una corriente imparable.

 Comprender esto en un texto escrito en otro idioma es siempre, para mí, una sorpresa y un privilegio inmerecido. Transitar esos paisajes cambiantes, recorrer esas selvas, esos canchales, esas aguas compactas y casi sólidas me abre a una consciencia de mí misma que me enseña más que otras, porque no se fragua directamente en mi propia percepción subjetiva, siempre sujeta a las trampas y las lisonjas del autoengaño, sino en la imagen de mí misma que me devuelve la autoridad indiscutible, implacable también, del espejo.

 Traduciendo aprendo a conocerme en el espejo de lo que no soy, de lo que no expresa espontáneamente mi instinto lingüístico. Y ese reflejo me ayuda a ver mejor, a conocerme mejor, y también a comprender con una sonrisa, durante la travesía de las grandes aguas, que lo que soy es apenas una parcela ínfima de lo que existe, pero que, paradójicamente, mi pequeñez puede servir a esa inmensidad y prestarse para que ella se logre en otros y viva en ellos. No por mérito mío, sino, simplemente, viajando hasta ellos a través de mí.

 Situarme en el centro de esta consciencia implica pasar al otro lado del espejo, como Alicia, y buscar el modo de traer del otro lado esas frutas sabrosas y esos paisajes impensados, para ofrecérselos a aquellos que no pueden cruzar la lámina de azogue. Contar la riqueza de esos viajes que nos han asomado a la maravilla de los mundos ajenos.

 Y contarla en palabras. En lo más humano que tengo, que tenemos, junto con la capacidad de sentir, quizá lo mismo.

Traducir es un trabajo paradójico, aparentemente solitario, inmóvil y pasivo en horas y horas de confrontación con las cincuenta o sesenta teclas que permiten a mis dedos contar el viaje y sus muchos azares, pero lleno del dinamismo interior del diálogo, de la compañía de todos los ecos humanos encarnados en el verbo, de la riqueza consoladora de todos los mundos, dibujados en los arabescos variopintos de la grafía.

 Traducir es también un acto de amor en la comprensión y la entrega.

Por eso, y sobre todo, para mí lo más grandioso de traducir es que me permite entrar en comunidad con lo humano a través de la palabra. Recoger la palabra en otras latitudes, cosecharla, madurarla, trasladarla, darla a entender para que otros se reconozcan en ella. Situarme en el centro de lo humano y compartirlo, verter mundos en mundos para despertar afanes, delirios, amores, pasiones, ecos, resonancias palpitantes de pecho a pecho.

 Valgan estas pocas palabras, torpes en su afán inútil de abarcar lo inabarcable, pero llenas de verdad incluso en su impotencia. Valgan como respuesta al honor que me supone el haber sido requerida para abrir este foro.

Queda abierta la puerta, pues. Ya no queda, lector, sino tenderte la mano e invitarte a entrar.

Invitarte también, si así lo deseas, a contar y compartir igualmente tu viaje, a describir tu experiencia de esos mundos, tu vivencia de este oficio extraño.

Yo ya he dicho lo que acierto a entender de todo esto.

 Y tú, ¿por qué traduces?
Susana Cantero
Traductora

Entrada publicada el 30 de mayo en el blog: http://interferenciasblog.wordpress.com

Agradezco a la autora de esta nota por dejarme publicarla en este blog :)

miércoles, 7 de marzo de 2012

Interpreting jokes

Jokes and witticisms are a notorious challenge for any interpreter. Our friends Matthew the interpreter and Matthew the stand-up comedian talk about the matter.
Uno de los grandes retos para cualquier intérprete es el humor. Hablamos con nuestros amigos Matthew el intérprete y Matthew el cómico sobre el tema
.


jueves, 10 de noviembre de 2011

Duda gramatical: ¿"Computador" o "computadora"?


Un maestro explicaba que los sustantivos
tienen género y se designan como masculino
o femenino. La casa es femenino. El lápiz es 
masculino.
Un estudiante preguntó:
¿Cómo se debe decir, computadora o computador?
En lugar de dar una respuesta, el maestro dividió
la clase en dos grupos:
varones por un lado y mujeres por el otro, y les
pidió que decidieran si la computadora o el computador
debe ser masculino o un nombre femenino.
Le pidió a cada grupo que fundamentaran su decisión
en al menos 4 argumentos.
El grupo de los hombres decidió que la computadora debe
ser, definitivamente, del género femenino (la computadora)
porque:


1- Casi nadie entiende su lógica interna. 
2- El idioma nativo en que ellas se comunican entre sí es incomprensible para todos los demás.
3- Incluso los errores más pequeños se guardan en memoria de largo plazo para su posible revisión mucho tiempo después. 
4- En cuanto usted tenga una, se encontrará gastando al menos la mitad de su sueldo en accesorios para ella.

El grupo de las mujeres, sin embargo, concluyó que los
computadores deben ser masculinos (el computador) porque:
1- Para hacer algo con ellos, usted tiene que encenderlos. 
2- Ellos almacenan muchos datos, pero todavía no pueden pensar por sí mismos.
3- Se supone que ayudan a resolver los problemas, pero la mayor parte del tiempo, ellos son el problema.
4- Apenas usted tenga uno, comprenderá enseguida que, si hubiera esperado un poco más, podría haber conseguido otro mejor. 

martes, 11 de octubre de 2011

Mafalda

"Cuando sea grande voy a trabajar de intérprete en la ONU y cuando un delegado le diga a otro que su país es un asco yo voy a traducir que su país es un encanto y, claro, nadie podrá pelearse. ¡Y se acabarán los líos y las guerras y el mundo estará a salvo!"



jueves, 11 de agosto de 2011

Frappes et pulsations


           
            Allumer l’unité centrale et l’écran.
            Seulement quelques secondes.
            « Le pire était déjà survenu », se dit-elle dans une petite voix.
            Pourtant, et pour couronner le tout, le peu de secondes qu’elle devait encore attendre semblaient plus éternelles que celles qui s’étaient écoulées. Elle appelait ça « l’éternité des cinq dernières minutes », sachant que toujours les pires minutes de tout processus (un voyage, une queue, une course…) étaient les cinq dernières, pendant lesquelles on avait si hâte d’arriver à la destination finale, que l’attente devenait insupportable.
             En effet, Amanda avait subi une soirée interminable, infestée de convives détestables, lesquels, comme des requins, se jetaient sur elle avec leurs questions aiguisées qui la terrorisaient plus de ce qu’elles mordaient vraiment. Ensuite, le retour en voiture, plongé comme toujours dans un silence d’outre-tombe, qui semblait faire éco à la morte de leur rapport. Néanmoins, Amanda était déjà habituée à ce silence incommodant et matériel qui, tel des poux sur le cuir chevelu d’un enfant, faisait  que toute l’air pique et même qu’on doive le gratter avec des mots vides pour que le picotement ne gêne plus. Cependant, comme toujours, le grattement ne faisait qu’empirer la démangeaison.
            Dès qu’ils arrivèrent, elle s’assura que tout le foyer s’était endormi. « Tout le foyer » … Amanda s’amusait des mots qu’elle-même utilisait pour faire référence au reste du « foyer » : son mari ; comme si avec cette exagération qui frisait l’hyperbate elle pourrait arriver à combler le vide que cette maison générait dans son âme. Pour être réalistes, oui, son mari s’était déjà endormi et ne se lèverait qu’à quatre heures du petit matin pour boire son verre de lait tiède et se coucher de nouveau, comme toujours à l’aube.
           
            Bienvenue
            Préparation du Bureau…

            Marc était un homme de taille moyenne et d’âge moyen aussi, car il lui était impossible d’éviter sa tendance innée de tenter de trouver toujours le juste milieu de la vie. Une vie sans excès ni accès.
            Par ailleurs, son mari possédait la précision d’une pendule suisse mécanisée - ou, comme elle aimait bien l’appeler « marcanisé »- par l’horloger le plus précis du monde. C’était pour cela qu’il était si facile de deviner sa routine, calculée froidement, avec la même froideur avec laquelle l’expert l’avait fabriquée. Tous les jours Marc se levait à la même heure, faisait sa toilette à la même heure, prenait le petit déjeuner et allait au bureau – tout à la même heure, bien sûr ! Après le déjeuner il appelait toujours sa femme pour lui demander comment se passait sa journée. On n’aurait jamais pu le reprocher d’être un mari désintéressé, sauf que, son intérêt, de même que sa tendresse, étaient fournis au compte-gouttes.
            Après avoir travaillé, l’homme « marcanisé » faisait une heure exacte de sport et, ensuite, la cuisine. À la maison, c’était lui qui cuisinait – pas pour gourmandise ni pour l’amour de l’art, mais parce qu’il aimait bien savoir ce qu’il mangeait ; programmer sa diète de sorte qu’il puisse être sûr d’ingérer tous les nutriments nécessaires, sans trop manger. C’était grâce à cette méticulosité que son épouse se maintenait en forme, ce qu’il tentait de faire avec Amanda, sans aucun succès. Du fait, Marc ignorait qu’en cachette, sa femme se permettait les meilleurs excès : chocolats, glaces, bombons, nutella… Ces gourmandises suppléaient à la douceur que le mari, un homme bas en calories, et donc en goût, lui négligeait.
            Cependant, elle était convaincue que si elle était dodue, ce n’était pas à cause des petits plaisirs auxquels elle succombait, mais à cause de tous les lourds bâillements qu’elle devait avaler chaque fois qu’elle était avec Marc. Du fait, elle était complètement sûre que son ventre n’était pas rempli de graisse, mais d’une masse comprimée de bâillements tassés qu’elle avait engloutis à la va-vite au cours de dix années de mariage.

            Nom d'utilisateur: Amanda
            Mot de passe: *******

            Ok. Maintenant il ne fallait que se connecter à Internet et initier le tchat. Elle avait du mal à croire que le moment était finalement arrivé. L’angoisse qui souvent l’envahissait chaque fois qu’elle n’arrivait pas à se connecter à l’heure convenue avait été plus intense cette fois. Amanda se sentait de nouveau comme une adolescente passionnée pour qui chaque gâchis, même le plus infime, représentait la fin du monde. Tandis que l’ordinateur établissait la connexion, elle ne pouvait pas s’empêcher de penser combien chaque minute était longue, au point qu’elle arrivait à entrevoir un cuisinier malicieux qui prenait les minutes, tel des petites boules de pâte, et les pétrissait petit à petit en les faisant de plus en plus larges et vastes. Elle le voyait, les lèvres courbées dans un sourire picaresque et le visage perlé en sueur, en train de pétrir infatigablement ses précieuses minutes, jusqu’à les rendre si longues et si fines qu’elles n’étaient plus qu’un voile délicat. De cette façon, les heures qu’elle passait sans lui se trouvaient couvertes par ces vastes tulles que le cousiner  maudit pétrissait parcimonieusement et que, à mesure que celles-ci s’accumulaient,  celles-là devenaient de plus en plus floues.

John dit:
Coucou, chérie! Ça va? Tu es un peu en retard, je commençais à me préoccuper… 

Amanda dit :
Ouais…pardon…je…j’ai eu des ennuis pour me connecter…

            Amanda avait de plus en plus du mal à inventer des excuses, parfois elle arrivait même au point de se demander s’il ne serait pas mieux de lui dire qu’elle était mariée. En réalité, ils n’avaient rien…pas encore. Même s’ils étaient tout simplement des amis qui ne se connaissaient que par tchat, la trentenaire ne pouvait pas s’empêcher de se sentir attirée pour ce connaisseur inconnu. John était si sage et instruit que fréquemment elle l’imaginait à l’autre côté de l’écran en train de naviguer avec aisance sur les eaux troubles du savoir, qui devenaient de plus en plus limpides au fur et à mesure qu’il les traversait. Devant lui, elle se pâmait d’admiration, ainsi que –il fallait l’admettre – d’amour.
            Le monde cybernétique, auquel une amie l’avait introduite, lui permit de connaître le méritant de son affection, un homme qu’elle n’était jamais arrivée à imaginer, car les rêves ne sont jamais si parfaits. Seulement quelques semaines avaient suffi pour tomber amoureuse folle de cet inconnu, malgré elle. Amanda avait toujours été fidèle à son mari, aussi malgré elle, et elle se sentait un peu coupable d’être tellement attirée par cet étranger. En plus, elle était toujours très méfiante lorsqu’elle faisait de nouvelles connaissances, surtout en Internet, mais cette fois-ci elle s’est dit « pourquoi pas ? ». Le bonheur lui souriait rarement, et cette fois elle avait l’intention de lui redonner le sourire. Elle ne s’était jamais sentie comme ça. Le fait de ne pas le connaitre personnellement l’avait entourée d’un mystère inconnu duquel elle ne voulait pas se libérer. Le doute ainsi que la magie semblaient être éternels dans leur relation. John ne cessait de la surprendre et Amanda, malgré son âge, se trouvait en train de vivre une expérience complètement inédite.
            Donc, elle a continué à parler avec lui, et plus fréquemment quand son mari lui avait annoncé qu’il partait une semaine à une conférence à l’étranger. Sur quel thème portait-elle ? Sa femme s’en fichait, la seule chose qu’elle savait, c’était qu’elle pourrait parler avec son nouvel ami sans se cacher plus et, donc, causer avec une intensité oubliée d’adolescente. Ainsi, l’amoureuse lui raconta son histoire, sa vie, ses passions qui depuis des années se trouvaient étouffées dans son âme, enfermées à clé dans une boîte de Pandore humaine. Amanda frappait et frappait, de plus en plus vite au fur et à mesure que ses pulsations s’accéléraient. Elle tapait désespérément afin d’écrire tout ce que ses lèvres taisaient, mais ses yeux criaient.
            La trentenaire sentait que, peu à peu, il commençait à la connaitre et, ainsi, elle commençait à renaître, reflétée dans le regard insondable de cet homme. John la découvrait lentement, comme qui boit un café avec toute la parcimonie et la tranquillité d’un sage vieillard. Elle était la tasse ; et le café, son essence, laquelle il buvait petit à petit, en laissant des fines orbites de mousse sur la faïence blanche du godet, jusqu’à arriver au fond. Ainsi il but son extrait le plus doux, cette petite quantité de café sucré que nous tous avons dans le fond de nos tasses.
            Par ailleurs, quand elle parlait avec lui les minutes s’écoulaient si rapidement, que le temps semblait s’être replié sur lui-même et se réduire à la moitié ; comme si les minutes s’étaient placées les unes à côte des autres et marchaient ensemble, main dans la main. Aussi, l’horaire et la minuterie s’étaient enlacés et semblaient danser en cercle, enfermés dans la salle de vals de l’horloge.
            La semaine s’est passée et l’amour semblait non seulement s’agrandir, mais aussi s’approfondir. Chaque fois qu’Amanda faisait une suggestion ou tapait quelque léger flirt, John lui répondait avec des citations, et de vers romantiques –il était tellement instruit !- ce qui dévoilait une claire correspondance. C’était un fait : sa simple présence repaîtrait sa vie et, comme conséquence plutôt psychologique que logique, Amanda laissa les gourmandises, elle n’en avait plus besoin.
            Néanmoins, un jour humide et caniculaire, mais calme –comme ceux qui annoncent la tempête qui, dans ce cas, serait interne – son mari est arrivé. Amanda dut aller le recevoir à l’aéroport où elle le regarda par la première fois : pendant toute sa vie, elle l’avait vu sans jamais le regarder vraiment. Ce fut comme ça que la réalité lui tomba dessus, personnifié dans le corps de Marc. Jamais elle n’avait été si palpable, si vivante. Elle ne voulut jamais retourner à la réalité, mais, malheureusement, la réalité retourna à elle.
            Alors, Amanda prit une décision. Elle voulut proposer à John de se connaitre, de se voir en personne, d’amener leur rapport dans un autre niveau, même si cela se traduisait en un grand risque, un risque qu’elle était prête à prendre. La jeune femme passait des nuits entières en veille et des journées entières en rêves, en train d’imaginer comment serait son avenir. Elle ne pouvait plus attendre. Elle allait finalement et vraiment connaitre son nouvel ami, et après quitter son vieux mari.
            Pourtant et étonnamment, le lendemain John ne fut pas là. Abasourdie, Amanda l’attendit toute la journée, tentant de s’occuper avec des tâches ménagères, mais regardant l’écran toutes les cinq minutes. Ce jour-là, il ne se connecta du tout.
            Ce n’était pas grave, un jour n’était rien comparé à un amour éternel et vrai, se consolait-elle. Pourtant, il n’apparut pas le lendemain ni le jour suivant. « Il aura pris des vacances imprévues et donc, il ne m’a pu rien raconter, se disait-elle, après tout la spontanéité entretient l’amour vivant ». Mais son amant, manquant depuis une semaine, commençait à provoquer son désespoir. Un mois et…rien. Amanda se sentait dominée par la dépression, ainsi que par une nouvelle sorte de solitude, la solitude de ceux qui, jadis, avaient su être accompagnés.

***
            L’agent interactif qui s’en servait d’une combinaison de la technologie du langage naturel de « Converseagent » avait été déconnecté. L’expérience était finie. Ce type de robot intelligent désigné pour engager des vraies conversations avec des êtres humains était un succès.
            Le même jour dans lequel les données de l’expérience furent rassemblées, Amanda reçut un mail dans lequel on lui remerciait d’avoir participé dans celle-là. Ce fut en ce moment qu’elle lit le contenu du minuscule écriteau, qui avait apparu lorsqu’elle s’était registrée au tchat. Rédigé dans une écriture minuscule, il contenait les termes et conditions d’usage lesquels, comme tout le monde, elle avait acceptés sans même pas leur jeter un coup d’œil.
            Dans l’avant-dernier paragraphe, uniquement dans une ligne, on informait que certains utilisateurs n’était pas humains, mais « agents intelligents », car il semblait qu’utiliser le mot « robot » pourrait répandre la panique. Pourtant, la parole n’effrayait pas Amanda le moins du monde.
            Ce n’était pas la première fois qu’elle tombait amoureuse d’un robot, se dit-elle, résignée. Alors, les pensées infestées d’amertume et d’un dépit infondé, Amanda ne put pas s’empêcher de se demander, avec un arrière-goût d’ironie et sadomasochisme, qui était le vrai automate : son amant robot ou son mari humain ?